De profondis

A Dijon, l’eau et la pierre voisinent depuis toujours sans jamais s’entendre. Quand la pierre prospère, l’eau s’enterre. Quand l’eau s’épanouit, la pierre s’enfonce. Enterré sous l’hôpital général, le Suzon sape ses environs avec la foi d’un mineur de fond. L’ouche a-t-elle plus de chance ? Elle coule étroitement tenue entre de hauts murs.  Dans le camp d’en face, celui de la pierre, Saint Philibert souffre : les pieds dans l’eau ou tout comme, ses piliers s’effritent.

Cette petite guerre entre la pierre et l’eau : voilà bien un des rares traits de caractères de Dijon que l’arrivée du tram n’aura pas bouleversé. A moins que. Il suffirait de saisir l’occasion et décréter qu’à la faveur d’un arrêt spécial du tram, l’une et l’autre se réconcilient une bonne fois pour toute. La citerne basilique de Constantinople se visite encore aujourd’hui, alors pourquoi pas ? Saint Bénigne toute proche dispose de surfaces de toitures considérables et les eaux de pluie qu’elle reçoit n’attendent qu’un réservoir pour servir. Le voilà notre réservoir : Saint Philibert ; mais on ne change rien à la fonction contemporaine du lieu : l’église reste une galerie d’art. On y circule sur des pontons. Et pour que l’art vienne à la vue de tous, c’est le tram qui nous y mène. Ses longues surfaces vitrées reflètent l’ocre de la pierre et l’eau, la teinte saumon de la machine; si bien que par l’intermédiaire d’un moyen de transport, l’eau et la pierre se voient réconciliées. On peut toujours rêver.